8ème COLLOQUE INTERDISCIPLINAIRE SUR LA DEFAILLANCE D'ENTREPRISE
ESCE International Business School, Coeur Défense, 82 Esplanade du Général de Gaulle
92934 Paris La Défense
26 et 27 Novembre 2026
« Les trajectoires de vulnérabilité économique : Déterminants, conséquences et approche internationale »
Avec la collaboration de l'Université de Mons, l'Institut SOCI&TER et OMNES Education


La santé financière des entreprises françaises et internationales traverse une période critique, marquée par une succession de phases de fragilité allant de la difficulté financière en passant parfois par la « zombification » pour aller jusqu’à la faillite (Banerjee et Hoffman, 2018). Ce continuum reflète les tensions croissantes auxquelles sont confrontées de nombreuses structures économiques. Les entreprises dites « zombies » sont caractérisées par leur incapacité à générer suffisamment de revenus pour couvrir leurs charges financières, tout en continuant à opérer grâce à des financements externes. Selon une étude de France Stratégie, environ 40 % de ces entreprises parviennent à redevenir viables après trois ans tandis que 30 % finissent par faire faillite, illustrant ainsi la précarité de leur situation.
En 2024, la France a enregistré 67 830 défaillances d'entreprises, soit une augmentation de 17 % par rapport à 2023. Le quatrième trimestre 2024 a été particulièrement préoccupant, enregistrant 18 709 défaillances, un record historique pour cette période. Ces chiffres indiquent que les difficultés des entreprises dépassent désormais le simple effet de rattrapage post-Covid.
Certains secteurs sont plus durement touchés que d'autres. Le secteur de la construction représente à lui seul 24,8 % des faillites en 2024. Les agences immobilières ont connu une augmentation spectaculaire des défaillances, avec une hausse de 31 % par rapport à 2023. D'autres secteurs, tels que l'hôtellerie-restauration et les services aux entreprises, ont également enregistré des augmentations significatives des défaillances, respectivement de 44,4 % et 20,1 % (propulsebyca.fr).
Les conséquences sociales de ces défaillances sont considérables. En 2024, 256 000 emplois ont été menacés, soit une augmentation par rapport aux 243 000 emplois menacés en 2023. Les PME et les entreprises de taille intermédiaire sont particulièrement vulnérables, avec une augmentation de 51 % des défaillances par rapport à 2019 (Altares).
Face à cette situation, il est crucial d'analyser les mécanismes menant de la fragilité financière à la faillite, afin de mieux comprendre les dynamiques en jeu et de proposer des solutions adaptées. Cette conférence se propose d'explorer ces trajectoires de vulnérabilité économique, en mettant en lumière les facteurs de risque, les signaux d'alerte et les stratégies de prévention possibles.
Dans le contexte actuel d'incertitudes économiques, politiques et climatiques, s’intéresser à la difficulté et à son stade final, à savoir la faillite, est d'une importance majeure non seulement pour les législateurs et les praticiens de la faillite, mais aussi pour les employés, les créanciers et l'économie locale/nationale. La 8ème conférence interdisciplinaire sur la défaillance des entreprises sera consacrée à l'analyse de la vulnérabilité économique des entreprises et de faire progresser la connaissance de ce phénomène tant sur ses causes que sur ses conséquences sur l’ensemble des acteurs.
Appel
Loin d’être un événement rare qui n’arrive qu’aux autres, les faillites font désormais partie du paysage permanent des entreprises tant en France que dans le reste du monde. La faillite affecte non seulement la condition de vie des salariés mais aussi les économies de villes et de régions entières.
De manière large, on peut distinguer 5 grands ensembles de thématiques de recherche ayant trait à la difficulté et à la faillite.
Le premier est à dominante stratégique. De nombreux auteurs se sont efforcés de comprendre la faillite à l’aune de l’environnement et de la concurrence (Grainger et al., 2009 ; Pal et al., 2011; Heracleous et al., 2016). Dans ces travaux, les variables organisationnelles et comportementales ont été mises en avant pour expliquer le processus de faillite. Au sein de ce courant, les auteurs considèrent que les succès ou échecs de l’entreprise sont dus tant à des facteurs internes (financiers, organisationnels, productifs) qu’externes (environnement, nouvelles technologies, croissance et cycle de vie…).
Le deuxième est à dominante organisationnelle et managériale. Il s’agit de comprendre lacapacité d’adaptation des structures (organisations), des processus (systèmes de gestion mis en place) et du comportement des acteurs (rôle du dirigeant). Fondamentalement, toutes ces approches cherchent à identifier les caractéristiques des entreprises (dont leur type de management en ce début de 21e siècle) et des dirigeants (âge, expérience, éducation, …) pour prédire la faillite (Argenti, 1976 ; Mardjono, 2005 ; Appiah and Chizema, 2015).
Le troisième est à dominante financière. Les travaux précurseurs sont l’œuvre de Beaver (1966) et d’Altman (1968). Cela a donné naissance à une très vaste littérature sur les modèles de faillite. L’idée sur laquelle repose tous ces travaux et que l’on peut trouver l’explication des faillites au travers des états financiers.
L’aspect juridique est le quatrième courant à partir duquel de nombreux travaux ont été développés. C’est, au sens large, le courant « Law and Economics ». Au sein de ces travaux, les auteurs cherchent mesurer l’efficience et l’efficacité du cadre juridique dans la résolution des difficultés. Finalement, toutes les questions de ce champ de recherche s’articulent, peu ou prou, sur la recherche d’un cadre législatif idéal selon les critères suivants : la protection des créanciers, le respect de l’ordre de priorité et l’efficacité économique (Blazy et al., 2014). Un des problèmes majeurs est que les législations sur les faillites n’ont, a priori, pas toujours les mêmes objectifs principaux (le cas de la France comparativement à celui de la Grande Bretagne en est le meilleur exemple) (Davydenko et Franks, 2008, Hotchkiss et al., 2008).
L’approche entrepreneuriale est plus récente et cherche à circonscrire le processus entrepreneurial (Jenkins et McKelvie, 2016). Dans cette approche, l’objet de la recherche porte sur le dirigeant au travers de ses capacités cognitives, de son aversion au risque, de ses émotions (Shepherd et Cardon, 2008), de sa capacité d’apprentissage, ou des conséquences de la défaillance pour le dirigeant, au travers de la stigmatisation de l’entrepreneur. L’échec doit être considéré à deux niveaux (celui de la firme et celui de l’individu). Les recherches s’intéressent au dirigeant plutôt pour ce qu’il est, ce qu’il veut ou ce qu’il ressent et non pas pour ce qu’il fait ou pour les actions qu’il entreprend pour gérer les difficultés de son entreprise (Eklund et al., 2020).
En définitive, ce phénomène de l’échec est aujourd’hui considéré comme un vrai objet d’étude qui suscite l’intérêt de nombreux chercheurs et praticiens, d’autant plus que l’échec et la faillite se distinguent de plus en plus de la notion d’infamie, même si cette dernière est encore prégnante dans certains pays comme la France.
Bien que le thème majeur de cette édition du CIDE soit lié à la vulnérabilité économique des entreprises, toute soumission avec une approche empirique ou théorique abordant tous les aspects liés à la faillite et à la survie des entreprises en difficulté financière est bienvenue. Les sujets d'intérêt comprennent également, mais ne sont pas limités à :
Identification des déterminants de la faillite/des difficultés des entreprises,
- Relation entre gestion (gouvernance, gestion des ressources humaines…) et défaillance,
- Comptabilité et échec,
- Faillite et droit,
- Entrepreneuriat, échec et défaillance,
- Rebond, Survie et accompagnement,
- Mécanismes et instruments (outils) de prévention des difficultés des entreprises,
- Transmission d’entreprise, coûts et conséquences de la défaillance,
- Politiques de ressources humaines, risque d’entreprise et destruction de valeur,
- Relation entre les caractéristiques du dirigeant et la défaillance des PME,
- Nouveaux modes de gestion et survie des entreprises,
- Études de cas de faillite (points de vue économique, managérial et/ou juridique),
- Sous-traitance du dirigeant dans un contexte de difficulté,
- Faillite et stratégies managériales,
- Changement climatique et difficultés financières,
- Santé financière et incertitude,
- Tribunaux de faillite,
- Employés et insolvabilité des entreprises,
- Phénomène de zombification.
Ce colloque sera l’occasion de débattre de ces questions en réunissant chercheurs, enseignants chercheurs et doctorants principalement dans les domaines des Sciences de gestion, économique et droit. Toutes les communications relatives aux concepts de la défaillance au sens le plus large sont les bienvenues. Nous vous invitons à développer des perspectives critiques, nouvelles et originales sur une diversité de thèmes portant sur la défaillance.
A l’issue de cette journée, les auteurs qui le souhaitent, pourront soumettre leur papier à La Revue des Sciences de Gestion (FNEGE 4). Les propositions d’articles sont exclusivement réservées aux participants du colloque. Les textes retenus seront publiés dans un numéro régulier/dossier thématique de la revue. Tous les articles seront soumis à un processus d'évaluation conformément à la politique standard de la revue. La Revue des Sciences de Gestion renoncera aux frais de soumission pour les articles soumis dans le cadre de ce numéro.
Bibliographie
Altman E.I., 1968, Financial ratios, discriminant analysis and the prediction of corporate bankruptcy, Journal of Finance, vol 23, p. 589-609.
Appiah, K. O., & Chizema, A. 2015. Remuneration committee and corporate failure. Corporate Governance, vol 15, issue 5, p. 623-640.
Argenti J., 1976, Corporate Collapse: The causes and symptoms, Halsted Press, New York.
Banerjee R., Hofmann B., 2018, The rise of zombie firms: causes and consequences, BIS Quarterly Review, p. 67-78.
Beaver W.H., 1966, Financial ratios as predictors of failure. Empirical research on accounting, selected studies, Journal of Accounting research, 4, p. 71-111.
Blazy R., Martel J., Nigam N., 2014, The choice between informal and formal restructuring: the case of french banks face distressed SMEs, Journal of Banking & Finance, vol 44, p. 248-263.
Davydenko S.A., Franks J.R., 2008, Do bankruptcy codes matter? A study of defaults in France, Germany and the U.K., Journal of Finance, vol 63 (2), p. 565-608.
Eklund J., Levratto N., Ramello G.B., 2020, Entrepreneurship and failure: two sides of the same coin, Small Business Economics, vol 54, p. 373-382.
Grainger, N. J., McKay, J. S., & Marshall, P. H. 2009. Learning from a strategic failure.
Heracleous, L., & Werres, K. (2016). On the road to disaster: Strategic misalignments and corporate failure. Long Range Planning, 49(4), 491-506.
Hotckiss E., Mooradian J., Thornburn K., 2008, Bankruptcy and the resolution of financial distress, Handbook corporate finance, vol 2, ed. Espen Eckbo, Elsevier.
Jenkins A.S., McKelvie A., 2016, What is entrepreneurial failure? Implications for future research, International Small Business Journal, vol 34, issue 2, p. 176-188.
Mardjono, A. 2005. A tale of corporate governance: lessons why firms fail. Managerial Auditing Journal, vol 20, issue 3, p. 272-283.
Pal, J., Medway, D., & Byrom, J. 2011. Deconstructing the notion of blame in corporate failure. Journal of Business Research, vol 64, issue 10, p. 1043-1051.
Shepherd D.A., Cardon M.S., 2008, Negative emotional reactions to project failure and the self-compassion to learn from failure experience. Working paper, Indiana University.
Informations practiques
Comité d'organisation :
M. Xavier Brédart, Professeur de sciences de gestion, Université de Mons
M. Eric Séverin, Professeur de sciences de gestion, Université de Lille
M David Veganzones, Associate Professor à l’ESCE, OMNES, Paris
M. Vipin Mogha, Associate Professor à l’ESCE, OMNES, Paris